Ma famille

Lettre à ma mamie

Ma grand-mère paternelle était ma préférée. Je l’adorais. Pas un jour ne passe sans que je ne pense à toi, disparue à l’âge de 89 ans, ce 12/08/1997, il y a donc un peu plus de 14  ans. Comme le temps passe vite et papi trois ans avant toi.

Tu es née le 05 mars 1908, si tu avais vécu, tu serais centenaire. Pourquoi je tenais tant à toi je ne saurai l’expliquer. Tu avais une joie de vivre, une façon de prendre la vie du bon côté malgré les soucis, les malheurs, la tristesse, la maladie.

Papi avait coutume de dire qu’il t’avait connue bébé. En effet papi né le 27 juillet 1905, était venu te rendre visite ainsi qu’à ta mère à l’occasion de ta naissance à votre domicile accompagné de sa maman. Il était de coutume autrefois de rendre visite aux voisins lors de grandes occasions. Aujourd’hui cela a tendance à se perdre sauf encore dans les campagnes, les anciens comme on les appelle affectueusement perpétuent la tradition.D’ailleurs papi avait la prodigieuse manie de t’agacer avec cette histoire rabachée tant de fois.

Tu as grandi dans le même village que lui, puis tu es partie travailler placée dans une famille riche de Biarritz comme bonne. Papi t’a attendu tout ce temps, il te voulait comme épouse, toi tu constituais ta dot, pas pressée de te marier. Je ne sais pas à quelle date vous vous êtes mariés mais je sais que vous aviez la trentaine tous les deux.

Tu aimais plaisanter à propos de votre nuit de noces passée dehors par papi qui ayant voulu soulager un petit besoin est passé par la fenêtre au lieu de la porte. La noce avait été arrosée et il n’a pas su ou pu repasser par la fenêtre.

Vous vous êtes aimés pendant plus de quarante ans de mariage malgré vos disputes, vos chamailleries, tes taquineries. Et oui lorsque papi s’assoupissait à table, tu aimais à lui verser un verre sur la tête pour le réveiller et là il râlait pas mal et toi tu te fendais la pêche jusqu’à en pleurer et tousser. Et les fois où papi s’endormait avec sa cigarette roulée à la bouche manquant mettre le feu à son veston. Il t’en a fait voir mais vous vous aimiez tellement. J’aimerais tant connaître le même bonheur que toi. 

Que de souvenirs engrangés dans ma tête, que de dimanche de mon enfance passés en votre compagnie.

Tu as donné cinq garçons à ton mari, et pour cela tu as reçu la médaille de la famille nombreuse. Cinq enfants qui ont fondé à leur tour une famille sauf tonton Jeannot.

Jean l’ainé est resté auprès de vous jusqu’à votre mort, aujourd’hui il vit en maison de retraite.

André, le second, parti vivre à Toulouse avec ses deux fils et son épouse puis revenu dans les Landes à la retraite. Ses deux fils qui ont à leur tour eu des enfants sont restés là bas.

François, le troisième, parti faire son service militaire dans la Marine, puis engagé c’est là qu’il découvrira la Polynésie Française et notamment Tahiti, où il décide de rester vivre. Un déchirement pour une mère de savoir que l’on a son enfant trop loin de soi et que l’on ne le reverra jamais. Seuls liens restants, le téléphone et les lettres. Il t’a donné une petite fille et un petit fils et adopté la fille de sa compagne. Tu ne les as  jamais vu seulement en photos. Avec Marie Rose, petite fille de coeur mais pas de sang tu échangeais de longues lettres où tu découvrais la vie de ton fils devenu fleuriste.

Christian, le quatrième, mon père, qui t’a donné deux petites filles, moi et ma soeur. Resté dans les Landes à une quarantaine de kilomètre de vous et donc gardant un lien fort.

Et Jean Claude, ton dernier né, toi qui espérais une fille. La vie ne t’a pas donné cette joie. Mais à  la place tu as eu  un fils aimant, attentionné qui vous a toujours voulu proches de lui et qui vous a fait déménager pour Linxe lorsqu’il acheta un bar restaurant avec un associé.

Tu as vécu sereinement, combattant la vie à pleines dents malgré l’adversité, les chagrins. Tu nous as insufflé ta bonne humeur, ta joie de vivre, ton humour décapant et nous en sommes très fières tes petites filles. Cela nous permet de vivre dans ce monde si injuste parfois pour certaines personnes.

Tu as toujours su au plus profond de toi que je fonderai une famille, moi qui n’y croyais pas du tout. Tu me disais toujours, tu viendras me voir avec ton mari et tes enfants.

Puis la mort de papi est survenue, brutalement, un jour il n’a plus eu envie de se lever de son lit. Lui qui avait toujours fait sa soupe, ses repas malgré l’âge. Il a fallu lui faire cesser.La sécurité a prévalu lorsqu’il a oublié d’éteindre le gaz à la fin de la préparation d’un repas. Lui qui était contre les poëles Téfal  » elles donnent le cancer  » et les micro ondes a dù s’y habituer mais cela a été le début de la fin pour lui qui s’est vu dépérir sans rien pouvoir faire. Et pour toi, cela fut la fin d’un grand amour, toi qui avais pratiquement passé toute ta vie auprès de lui. Tu as surmonté sa mort, trop fière pour montrer ton chagrin, la vie devait continuer malgré tout.

La solitude te pesant et étant assez handicapée par les aléas de la vie, tu partis vivre dans la maison de ton dernier fils. Une pièce fut aménagée pour toi afin que tu aies un peu d’intimité et que tu puisses recevoir. Nous venions te voir aussi souvent que nous pouvions mais cela n’était plus pareil qu’avant. Ta santé déclinait, tu parlais très souvent de papi, tu reparlais du passé, tu me disais que je ressemblais de plus en plus à ta soeur partie trop tôt. Tu as vu tes frères, ta soeur, ton mari partir et toi tu restais. La vie te pesait de plus en plus. Ta santé, ce n’était pas çà, des infirmières venaient pour te soigner (diabète, coeur, tension…) et faire ta toilette.

La vie t’a marquée mais jusqu’au bout même alitée à la fin, tu gardais ton humour. Dans tes derniers moments, un dimanche que nous étions venus te voir, tu me confias tout doucement que papi était venu te voir la nuit; de ne pas le répéter. Je sus à ce moment là que tu nous quitterais bientôt. J’ai toujours cru en ces phénomènes inexplicables.

Tu me dis encore d’être heureuse, de fonder une famille, ta priorité malgré tes douleurs, voir tes petits enfants vivre sereinement.

L’avant veille de ta mort, après mon travail, malgré l’heure tardive, plus de 20h, nous te rendimes visite car nous savions ta fin proche. Tu ne nous as pas reconnus.A ta mort, j’ai refusé de te voir sur ton lit comme pour papi. Je voulais et je garderai toujours en mémoire ton visage, ton sourire, ta joie de vivre.

Je voulais juste te dire que je vis en couple avec un homme que j’aime et qui me rend mon amour encore plus. Nous avons deux magnifiques enfants, une fille Rachel et un garçon Samuel et un troisième en route, un petit garçon. Quelle plus belle preuve d’amour puis je lui demander ? Mes enfants en sont la preuve vivante. J’aurais tant aimé que tu connaisses mes enfants et mon mari. Je sais que là haut tu regardes les personnes qui te sont chères et que tu dois être heureuse pour moi.

Moi je sais que là où tu es, tu ne souffres plus. Tu es auprès de ton mari Paul et de votre fils Jean Claude. C’est cela qui me permet de supporter ton absence. Je t’aime mamie, Jeanne Alice Discamps pour l’état civil. Tu resteras à jamais dans mon coeur et j’ai rendu un ultime hommage à papi en donnant son prénom à mon fils Daniel Paul.

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4 réflexions au sujet de « Lettre à ma mamie »

  1. Chère Alice, elle me manque terriblement aussi …
    très bel hommage, et encore ce n’est que la partie émergée de l’iceberg … il fallait être là quand elle pétait ses plombs et nous faisait rire !
    j’avais oublié cette photo prise il y a 30 ans déjà ! Ca nous rajeunit pas !… qu’est-ce que tu faisais au moment de la photo ?

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    1. J’ai pris un immense plaisir à lui rendre hommage mais n’ai pu retranscrire à travers ces quelques mots toute sa joie de vivre. Elle me manque terriblement et en écrivant la fin de cet article je pleurais.
      Quand à savoir ce que je faisais, le pitre comme d’habitude, je n’arrive pas à être sérieuse quand on me prend en photo.

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